Mise à jour le 22 juin
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Vendredi 23 juin 2017 08:43 (Paris)

Mon Rendez-vous avec le Zombi !

Quelques rares films se sont distingués dans les laborieuses productions du jeune cinéma haïtien. Un cinéma qui se cherche dans le labyrinthe des moyens précaires et de l’amateurisme forcé. Sans encadrement réel, le 7e art est dans notre pays une véritable aventure et un genre à risques. Et à chaque annonce promotionnelle d’un film, on souffre et on espère que des apprentis sorciers n’ouvriront pas une nouvelle boite de pandore.

Par Roody Edme

Je me suis rendu volontiers à l’Impérial le jeudi 22 mai, voir le dernier film d’Arnold Anthonin : « Les Amours d’un Zombi » suivant un scénario de Gary Victor. Généralement je fais plus confiance aux documentaires d’Arnold pour les avoir vu et même utilisé à mes cours comme support pédagogique, un peu plus sceptique sur ses œuvres de fiction que je dois confesser mal connaitre. Il me fallait donc combler une lacune certaine en allant voir ce film qui devait me convaincre de l’avenir d’un cinéma haïtien…de qualité que nous appelons tous de nos vœux.

Le film se déroule sur un rythme trépident, comme un roulement de tambour un soir du 2 Novembre, et nous plonge rapidement dans le « réalisme merveilleux » de la vie haïtienne. Un Zombi revenu parmi nous donne une conférence de presse. C’est l’émoi dans la ville qui trouve là l’occasion de tromper sa misère séculaire. Une meute de journalistes tout aussi apeurée qu’excitée couvre l’évènement. Notre Zombi donne une démonstration de ses pouvoirs à une journaliste dont la question prétendait mettre en doute son récit. Cette dernière a été prise soudainement en direct devant les caméras et micros devenus indiscrets d’un orgasme public…disons que notre Zombi s’y connait en femme, puisque sa condition actuelle est le fruit de la terrible vengeance d’un mari jaloux.

Et oui, une jeune femme du nom de Swamène…remue terre et ciel…plutôt le monde des morts et celui des vivants en raison de sa beauté et de son. érotisme solaire. A cause d’elle nos loas sont tombés sur la tête. Jusqu’à Baron Samedi, le plus « noble » du panthéon vaudou perdit toute contenance et se lança dans des incursions fréquentes dans le monde des vivants pour la beauté sans doute transcendantale de la belle Swamène, interprétée par Caroline Pierre. Notre Zombi est d’ailleurs revenu dans le monde des vivants justement par amour de Swamène et sa saga amoureuse exceptionnelle est suivie par une jeune journaliste d’investigation interprétée par Jessica Généus dont la beauté crève l’écran, mais dont le créole un peu affecté rend bien, et pourquoi pas les réalités du bilinguisme haïtien. Et ce qui devait arriver arriva…notre Zombi devint si célèbre que des politiciens tapis dans l’ombre de la politique traditionnelle lui proposèrent en raison de sa grande notoriété de se présenter comme candidat à la présidence.

Et ce fut le défilé d’ethnologues, de sociologues, de spécialistes « es-sciences cabalistiques » qui montèrent au créneau pour justifier l’aventure présidentielle du zombi en invoquant nos pratiques ancestrales. Une militante féministe s’étonna qu’on ne parle que de zombi au masculin…et le Conseil de sécurité des Nations-Unies se réunit pour débattre de ce nouveau développement de la situation haïtienne.

Ce grand angle sur les mœurs politiques de notre pays constitue la réussite du film d’autant qu’il est sans prétention d’un quelconque engagement et suscite le rire du spectateur. Un rire qui sert comme un catharsis, un rire qui détend et qui purge.

Mais l’écriture de Gary Victor nous a fait découvrir que nos loas sont jouisseurs et aiment le sexe, ils sont même un tantinet machiste, ils sont donc le miroir de notre monde et sont invisibles mais si présents autour de nous. A l’instar des dieux grecs, ils interviennent dans le monde des vivants pour aimer et baiser…son scénario « cherche à enregistrer à cueillir les phénomènes et non à leur imposer un contenu ».

Dans notre quotidien, il se murmure souvent l’histoire à peine voilée de tel potentat marié aux trois femmes d’Egypte ou d’Erzulie qui aurait jeté son dévolue sur un homme aussitôt condamné à ne jamais connaitre de femmes en chair et en os. Il était temps donc qu’un cinéma vraiment haïtien s’empare d’un tel sujet, que le monde des ombres avec lequel nous flirtons tous les jours soit sur le grand écran, la projection de notre imaginaire si riche, source d’inspiration de nos meilleurs écrivains depuis un certain Jacques Stephen Alexis. Mon rendez-vous avec le Zombi n’est pas raté. J’ai apprécié au passage la musique du groupa ASAKIVLE et le saxo raffiné, très ambiance de Buyou Ambroise des productions Jazzmel, et celle tout aussi de circonstance de Fritz Le Courtois. Car la musique de film est une spécialité qui ne traine pas les rues.

Avec ce film, ce ne sont pas des femmes et des hommes de radio qui font du cinéma ou leur cinéma, en apportant aux films la caution de leur célébrité. Les acteurs nous ont paru authentiques dans leur jeu. Comme le Zombi, le cinéma haïtien renait. Les Amours d’un Zombi, un film rafraichissant d’Arnold Anthonin avec dans le rôle principal du zombi, Ricardo Lefèbre ; le chef des politiciens manipulateurs, Reginald Lubin ; Riché Kenskof dans le rôle de Baron gardien du cimetière ; Caroline Pierre, celle qui a fait se joindre les deux mondes par la magie de sa beauté, Jessica Genius, la ravissante journaliste et une pléiade de jeunes promesses du Petit Conservatoire.




BÔ KAY NOU


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