Mise à jour le 22 juin
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Vendredi 23 juin 2017 08:46 (Paris)

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Femmes victimes de violence conjugale

par Myrlène René

Sous le voile des mystifications idéologiques (1ère partie)

par Myrlène René

Longtemps demeurée sous silence, malgré son caractère inacceptable, la violence conjugale devient un sujet brûlant d’actualité qui fait présentement l’objet de bien de débats sur la place publique et privée. Nombre d’articles et de revues ont été écrits là-dessus. L’ampleur que cette violence prend ces derniers temps porte les décideurs publics à mettre le focus sur les moyens de la contrer. Jusqu’ici, elle est envisagée sous plusieurs angles et par des intervenants d’horizons divers.

Ce qui nous intéresse le plus est de savoir quels sont les motifs qui expliquent le fait qu’une femme reste avec son conjoint...violent ?

L’intérêt social de cette question consistera à tenter de résoudre les problèmes reliés à la violence conjugale en espérant que cela aidera à développer des méthodes d’interventions plus efficaces. La pertinence de notre recherche consistera alors à essayer d’apporter des réponses à certaines questions que se posent les praticiens et d’apporter des informations pertinentes aux décideurs sociaux.

La pertinence sociologique de notre interrogation réside dans le fait qu’une nouvelle compréhension acquise au cours de l’étude pourra nous aider à construire des modèles d’analyse plus précis afin de mieux cerner, du point de vue sociologique, ce qu’est la violence conjugale et ce qui fait qu’elle continue de se perpétuer.

L’objectif principal de notre recherche est de parvenir à identifier les motifs qui poussent les femmes à rester dans la relation conjugale violente et à cerner différentes facettes de ce phénomène. L’intérêt c’est qu’il n’existe pas suffisamment d’informations dans ce domaine.

La revue de la documentation va nous permettre de faire un survol des différents thèmes théoriques d’actualité traitant des raisons pour lesquelles de nombreuses femmes restent avec des conjoints violents. Plusieurs approches théoriques ont été utilisées comme cadre de recherche.

Mais avant tout, passons en revue les deux définitions de la violence conjugale que nous donnent les écrits, étant donné que nous n’abordons pas un sujet simple. Ce type de violence présente de multiples facettes. Pour les fins de notre recherche, la violence conjugale sera celle où la femme est victime de violence verbale, physique ou psychologique de la part de son conjoint. Nous avons retenu la première définition suivante :

"La violence conjugale est définie comme toutes sortes d’abus physiques, psychologiques ou sexuels de la part d’un homme envers sa conjointe, afin de contrôler son comportement par la peur. Ces abus sont directement ou indirectement renforcés par les traditions, les lois et les attitudes prévalant dans la société, et sous-tendent un rapport de pouvoir entre la victime et l’agresseur". (Mcleod, 1980 ; Commonwealth Secrétariat, 1987 ; Sinclair, 1985 ; cité par Intervention no 91:32)

Dans le cadre d’une relation de couple, la définition la plus largement acceptée pour décrire la violence est celle-ci :

"Une femme est victime de violence en milieu conjugale quand elle est battue (violence physique), menacée de l’être ou objet de scènes de violence qui laissent présumer qu’elle le sera (violence verbale), ou encore humiliée par des critiques, des railleries et des insultes, lesquelles, à long terme, peuvent détruire la personnalité et l’assurance (violence psychologique). Cette violence est exercée par le conjoint dans les cadres du mariage, de l’union de fait, ou encore après que la femme l’ait quitté" (Shee, 1980 :14)

Synthèse des écrits et leur contribution à la question

Commençons par ceux dont le contexte est idéologique.

Pagelow (1981) défend le principe que l’acceptation de "l’idéologie traditionnelle" prédispose certains hommes à violenter leur épouse et prédispose certaines femmes à tolérer l’agression. Pagelow écrit que : . Du côté de la conjointe, les variables qui permettent de prévoir son comportement sont :

1) la disposition de la femme à investir dans ses relations et

2) son ferme engagement à l’idéologie traditionnelle

Pagelow suppose que la femme, étant souscrite à l’idéologie traditionnelle, est prête à tout faire pour maintenir la relation conjugale, c’est-à-dire qu’elle est fermement engagée envers celle-ci pour une foule de raisons. D’autant plus que la femme ne se vengera pas et ne mettra pas fin à sa relation conjugale même si elle est battue.

Cependant l’arrivée des groupes féministes en 1970 a apporté des changements majeurs dans la conception traditionnelle des femmes, surtout en Amérique du Nord. C’est bien ces groupes qui, en majeure partie, ont contribué à briser le silence autour de la violence conjugale, la faisant passer d’un problème privé à un problème public.

MacLeod (1980), dans son analyse structurale et politique de l’agression contre l’épouse, affirme : « Tout au cours de l’histoire, on a pardonné aux hommes de battre leur épouse ». Elle donne des exemples, allant de 2500 avant J.-C. jusqu’au XIXe siècle, de principes religieux, légaux et sociaux utilisés pour justifier, voire ordonner que des hommes battent (et même dans certains cas tuent) leur femme. Dans ce qui suit, elle affirme que vers le milieu du XIXe siècle, John Stuart Mill avait tenté de se faire le défenseur des droits des femmes battues. On s’était cependant chargé de lui rappeler que  :« La place de la femme était au foyer et que l’encourager à quitter le foyer mettait en danger l’économie de la Grande Bretagne... Il ne fallait pas changer les politiques visant à accroître la dépendance économique de la femme et l’autorité de son mari sur elle parce que les femmes protégeaient l’économie du pays et les emplois des hommes ».

Cet état de faits a, pour une bonne part, changé, en Amérique du Nord et un peu partout dans le monde, car le cours de l’histoire a suscité beaucoup de progrès en amenant la division du travail social par le biais de l’industrialisation. Ceci a tété renforcé au Québec par une mutation dans les structures sociales, ce qui a entraîné l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail en 1960.

Les rapports gouvernementaux, notamment celui du Comité permanent du développement social de l’Ontario sur les femmes battues (1982) et celui du Groupe de travail sur la violence faite aux femmes du Nouveau-Brunswick (1984), font voir que malgré les progrès accomplis pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes dans la loi (par exemple, la Charte des droits et les lois provinciales sur les droits de la personne), certaines croyances persistent ; notamment, celles que les femmes sont inférieurs aux hommes, que l’homme est le chef du foyer. Le rapport du Nouveau-Brunswick affirme que : « seul le temps pourra opérer un changement des mentalités déjà bien enracinées dans le système de Common Law, dans les valeurs religieuses et les diverses cultures qui forment la mosaïque canadienne ». Nous retrouvons un exemple de l’enracinement des valeurs religieuses dans le discours ecclésial de La violence en héritage, publié par le comité des affaires sociales de l’assemblée des évêques du Québec en 1989, qui prône « le maintien de l’union conjugale » « pour le meilleur et pour le pire » et qui incite les femmes « au pardon sans limites ». On sacrifie ainsi les femmes pour maintenir un lien qui n’est plus dans l’esprit originel d’une "alliance du Christ et de son Église" comme base de "la pérennité du mariage" (Gratton, 1992 :67)

À suivre : Les autres variables structurelles qui expliquent le fait qu’une femme reste avec son conjoint violent.

Retrouvez ce texte sur : www.lemondeevangelique.com

Autres liens : www.violenceconjugale972.site.voila.fr





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