Mise à jour le 21 octobre
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Lundi 22 octobre 2018 04:07 (Paris)

PETROCARIBE… UN TROU SANS FONDS

En avril 2001, Hugo Chavez, le Président du Venezuela, a débarqué à Québec en grande pompe. Il était en mission. Il était venu empoisonner la vie de Bill Clinton. Le Président américain avait un ambitieux projet pour le continent. Si Hugo Chavez était venu jouer au plus fort la poche, c’est parce qu’il avait une alternative bien assemblée, bien huilée, prête à carburer, à mettre sur la table. PetroCaribe ne pouvait être autre chose qu’un fantastique moteur de développement dont Haïti serait le principal bénéficiaire. Mais, sans surprise, la machine s’est enrayée… en Haïti.

Par : Frederic Basrond

En décembre 1994, à Miami, lors du premier Sommet des Amérique, Bill Clinton avait proposé la création de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). La démocratie était une condition non-négociable. Cuba, dirigé par Fidel Castro, sous embargo américain, était le seul exclu. Le deuxième sommet avait lieu en avril 1998 au Chili soit quelques mois avant l’élection de Hugo Chavez.

Devenu Président du Venezuela le 2 février 1999, Hugo Chavez s’était présenté à Québec pour le troisième Sommet des Amériques. Il n’avait pas encore mis les pieds dans la ville qu’il avait exigé l’intégration de Cuba dans la ZLEA. Si les Américains ont dit non, c’est parce que cela aurait signifié la levée automatique et sans conditions de leur embargo. Libre à vous de croire que Hugo Chavez ne pouvait souhaiter une meilleure réponse.

Au quatrième Sommet des Amérique qui avait eu lieu en décembre 2005 à Plata Del Mar (Argentine), Hugo Chavez avait convaincu les gens du Sud qu’avec la ZLEA, les Américains, dès la mise au jeu, feraient une feinte à gauche, entreraient par le centre avant de déployer leur attaque massive sur l’aile droite. Dans un rapide jeu de transition, ils utiliseraient leur jeu de puissance pour aller s’installer dans la zone offensive d’où ils finiraient par contrôler le territoire. C’est ainsi que Hugo Chavez avait réussi à mettre tout le monde sur la défensive.

Malheureusement pour Bill Clinton, Hugo Chavez avait fini par convaincre trop de monde que la ZLEA serait un rappel de ce qu’ils avaient subi hier, un petit quelque chose que jadis, l’autre appelait la Doctrine Monroe. Persuadé que les Américains voulaient faire main basse sur le continent, le Président du Venezuela, avait déclaré que Plata Del Mar serait le tombeau de la ZLEA. Mission accomplie !

Autre atout dans le jeu de Hugo Chavez, entre le premier et le quatrième Sommet des Amériques, les citoyennes et citoyens de plusieurs pays d’Amérique latine dont le Brésil, l’argentine et la Bolivie, avaient confié le pouvoir à des Socialistes. Même s’il y a eu 8 sommets à ce jour, dont le dernier a Lima (Pérou) en avril 2018, depuis le sommet de Québec, si vous n’avez plus jamais entendu parler de la ZLEA, c’est parce qu’elle a effectivement fait patate.

Pendant ce temps, avec l’envoi de médecins, d’ingénieurs et de travailleurs spécialisés, entre autres, en Haïti, en République dominicaine et à la Grenade, Fidel Castro avait depuis belle lurette, enclenché l’exportation de sa révolution socialiste dans la région. Au fond, il a, avec son opération charme-utilité, ajouté du carburant pour accélérer le virage à gauche en Amérique latine.

En Hugo Chavez, Fidel Castro avait trouvé son héritier idéologique, le fils spirituel qu’il n’attendait plus. Hugo Chavez était un Socialiste pur et dur, mais un Socialiste qui avait les moyens de ses ambitions. Il était à la tête d’un pays riche. Pour neutraliser une fois pour toute, la Zone de libre-échange des Amériques, Fidel Castro, l’idéologue et Hugo Chavez, le grand argentier, ont déployé leur alternative à la ZLEA ; L’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA).

La ALBA est une organisation qui s’était donnée pour mission de créer une zone de coopération économique qui ciblerait tous les pays du continent. Le Canada, les États-Unis et le Mexique (ALENA) n’étaient pas invités. Ne vous faites surtout pas d’illusion. La ALBA n’est pas une autre de ces patentes pour les grands gueulards de la gaugauche contrariée. Oh non. Loin de là !

La ALBA, ce n’est pas de l’aide internationale. C’est de la « grosse-business ». Ce n’est pas de la charité. C’est du commerce international. Ce n’est pas l’aumône. C’est ce que hier, au centre, on appelait, le Capitalisme à visage humain. Hugo Chavez, plus jeune et moins fatigué que Fidel Castro mais tout aussi charismatique, avait pris le leadership du mouvement.

La ALBA devait permettre au Venezuela et à Cuba, de trouver des partenaires économiques. Pour y parvenir, il fallait aider d’autres pays à développer leur potentiel de commercialisation. Aujourd’hui, ça s’appelle le « Trade Capacity Building ». Hier, un peu plus au Nord, après la 2e Guerre mondiale, ils appelaient ça le Plan Marshall.

Quand Hugo Chavez est devenu Président du Venezuela, il a hérité de 302 milliards barils de pétrole, soit la plus importante réserve au monde. La ALBA devait permettre à son pays de tirer le maximum de ses réserves en offrant à ses clients, des avantages inégalables pour ainsi vendre en quantité dans un cycle où les prix étaient très élevés.

Grâce à la manne pétrolière, entre 1999 et 2011, au Venezuela, la mortalité infantile était passée de 19,15% à 13,95%. L’espérance de vie avait augmentée de 2 ans. C’est tout simplement phénoménal. Selon les données de la Banque mondiale, le revenu per capita qui, en 2004, était de 3 060$ a été catapulté en 2012, à 12 460$. Du jamais vu ! Le Venezuela était devenu tellement riche, qu’il pouvait se permettre de vendre son pétrole à crédit, du crédit à très long terme.

Le PetroCaribe Cooperation Agreement est la pièce maîtresse de la ALBA. Au plus fort du programme, 18 pays avaient signé l’accord. Mis en place le 29 juin 2005, le PetroCaribe Cooperation Agreement est le résultat d’une agressive stratégie de développement de marché pour écouler les produits pétroliers vénézuéliens. Cet accord avait fait du Venezuela, au grand désarroi des pétrolières américaines, le premier exportateur de pétrole du continent.

Mécontentes, les pétrolières américaines dont Exxon Mobil et Chevron, avaient vu dans cette stratégie, une concurrence déloyale. Quand, en 2008, elles ont pompé 2,4 millions de dollars dans la campagne électorale de Barack Obama, elles s’attendaient en retour, à ce qu’il ait le courage d’étrangler l’économie du Venezuela. Pour ne rien laisser au hasard, elles ont allongé 902 000$ à l’équipe de campagne de John McCain. Elles n’ont pas pris de chance.

Le principal avantage pour les clients de PetroCaribe, c’est la transformation d’une partie de la facture en une dette à long terme à taux préférentiel. Pour le Venezuela qui est en moyen, cette démarche permettait de fidéliser sa clientèle quitte à reporter les revenus de l’État.

Sauf que pour développer cette zone de coopération économique, pour donner un peu d’air à Cuba, des règles strictes sur l’utilisation des fonds accumulés dans la dette à long terme, ont été imposées aux clients. Mais ça, c’était trop demandé aux dirigeants haïtiens.

En 2005, lorsque le PetroCaribe Cooperation Agreement a été lancé, Haïti en était exclu parce qu’après un autre coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide, le pays était dirigé par le gouvernement provisoire et illégitime de Alexandre Boniface. Le scrutin de 2006 a permis le retour à un autre semblant de démocratie représentative par l’élection de René Préval.

Le 14 mai 2006, René Préval a quitté le balcon du Palais national d’où venait de se dérouler la cérémonie d’assermentation pour son deuxième et dernier mandat. Dans son bureau, il était attendu par le Vice-Président du Venezuela, José Vicente Rangel, pour signer l’adhésion d’Haïti au PetroCaribe Cooperation Agreement.

Condition inscrite dans l’accord, les transactions doivent passer par une agence de l’État. Depuis ce jour, c’est le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD), qui achète les produits vénézuéliens et qui les revend aux entreprises privées. Ces dernières ont 30 jours pour acquitter la totalité de leurs factures auprès de la BMPAD.

Le BMPAD a 90 jours pour payer 40% de la facture aux Vénézuéliens. La balance, soit 60% de la facture, constitue une dette à long terme payable sur 25 ans à un taux de 1%. Avec l’argent accumulé, le BMPAD a l’obligation de créer un fonds de développement. C’est ça le Fonds PetroCaribe… un fonds de développement.

Est-ce que je vous ai dit que PetroCaribe est un fonds de développement ? D’accord ! Je voulais juste m’en assurer.

Le Fonds PetroCaribe n’est pas une fantaisie. C’est une condition imposée par l’ALBA, à tous les pays qui participent au PetroCaribe Cooperation Agreement. Je comprends votre déception. Vous croyiez que le Fonds PetroCaribe était le résultat d’un autre coup de génie des dirigeants haïtiens. Mais non ! Retenez votre déception et vos frustrations. Vous allez en avoir besoin dans un autre tantôt.

Par obligation contractuelle, Haïti, comme tous les autres pays, s’était engagé à faire de son Fonds PetroCaribe, un levier de développement qui vise en priorité, la réduction de la faim et de la pauvreté. Il est clairement inscrit dans le PetroCaribe Cooperation Agreement que les Fonds PetroCaribe doivent permettre aux pays membres de financer des coopératives de travailleurs, des petites et des moyennes entreprises qui présentent des projets pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Au-delà des valeurs socialistes, ce qu’il faut voir dans cette obligation, c’est le développement d’une industrie agroalimentaire.

À cela, il faut ajouter que les signataires du PetroCaribe Cooperation Agreement savaient parfaitement qu’il s’agit d’un projet d’enrichissement collectif et de coopération économique. Ils savaient qu’il y aurait de nouvelles connexions aériennes et de nombreuses infrastructures pour faciliter la transformation et la libre circulation des marchandises entre les pays membres.

Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que du groupe de 18 signataires du PetroCaribe Cooperation Agreement, Haïti faisait figure d’enfant pauvre et de canard boiteux. Tous les signataires savaient qu’aucun pays de la région n’avait plus besoin de PetroCaribe que Haïti. Aucun pays n’avait plus besoin de relever le niveau de vie de ses habitants que Haïti. Aucun.

Les Bahamas avec 22 312 US$ étaient les champions pour le revenu per capita. Haïti fermait la marche avec des revenus de 819 US$. Incluant Haïti, c’est 12,4% de la population totale des pays membres de PetroCaribe qui souffrait de malnutrition. Haïti, pris isolément, affichait un taux de 51.8%. Haïti avait tout à gagner.

Tout a été mis en place pour permettre aux Haïtiennes et aux Haïtiens de sortir de la misère et de la pauvreté. Mais, ce pays a tout perdu. Haïti a raté le rendez-vous le plus important de son histoire contemporaine… Un rendez-vous avec le développement. Le destin a voulu que ce pays soit, une fois de plus, dirigé par des cancres avaricieux.

Des dirigeants haïtiens ont fait basculer cette formidable opportunité de développement qui devait donner à Haïti, une relative indépendance face à l’aide internationale. Confortables dans le court-termisme, ils ont fait fi d’une clause capitale du PetroCaribe Cooperation Agreement. C’est le non-respect de cette clause qui a causé le dérapage.

En faisant semblant de ne pas savoir ce qui était évident, les dirigeants haïtiens ont confirmé leur amateurisme, leur mépris pour leurs concitoyennes et leurs concitoyens et leur incapacité de résister à la tentation de faire la poloche pour pouvoir s’en mettre plein la patoche, la valoche et la popoche.

Je refuse de croire que les dirigeants haïtiens ne savaient pas que la répartition de la dette (court terme ; 40% et long terme ; 60%) sur les achats d’asphalte, de mazout, de diesel, de gazoline et de kérosène, changerait du tout au tout quand le prix du baril de pétrole passerait sous 40$. Ils avaient l’obligation de savoir ce qu’ils ne pouvaient même pas faire semblant de ne pas voir.

Cette clause clairement inscrite dans le PetroCaribe Cooperation Agreement, dit que lorsque le prix tombe sous 40$ le baril, le taux d’intérêt monte à 2% et le terme est ramené à 17 ans. De plus, et c’est ça qui est le plus dommageable, la proportion qui doit être payée en 90 jours pouvait se hisser jusqu’à 95%. N’importe quel crétin qui aurait coulé son cours sur la Gestion des risques, se serait empressé pour proposer des modalités afin de contrer les risques financiers associés au non-respect de cette clause.

Puisque Edward Murphy vous avait appris que tout ce qui peut aller mal finira par mal aller au moment où ça peut vous faire le plus mal, à partir de septembre 2014, le prix du baril de pétrole, après avoir passé 40 mois au-dessus de 100$ a débuté une chute vertigineuse qui l’a amené, en février 2016, à un prix aussi bas que 32,69$. Comme prévu dans l’accord, entre 30$ et 39,99$ le baril, le BMPAD devait payer 75% de ses factures en 90 jours. Donc, il ne lui restait que 25% à placer dans le Fonds PetroCaribe.

Concrètement… Lorsque la BMPAD achetait 10 000 unités et que le baril était à 100$, sur une facture de 1 million de dollars, c’est 600 000$ qui pouvaient être placé dans le Fonds PetroCaribe. Quand le prix a chuté à 32,69$ le baril, la facture pour la même quantité étant de 326 900$ et puisque la proportion à mettre dans le Fonds PetroCaribe passait à 25%, la nouvelle rentrée d’argent était de 81 725 $.

Maintenant, imaginez le drame auquel serait confronté le pays si la quasi-totalité des fonds accumulés, avait été dépensée. Vous pouvez arrêter d’imaginer. C’est exactement ce qui est arrivé. Vous pouvez arrêter de chercher. Vous venez de trouver le cœur du scandale PetroCaribe.

Le Fonds PetroCaribe a été utilisé comme s’il s’agissait d’un Ponzi (En créole : Min ou Sold). Comme il est coutume dans ces montages frauduleux, les dirigeants haïtiens ont pigé dans le fonds tout en étant convaincus qu’il y aurait toujours des nouvelles rentrées d’argent. À leur compréhension, la source serait intarissable. Oui mais… Pour que leur Ponzi fonctionne, il aurait fallu que le prix du baril de pétrole soit stable, ou mieux encore, qu’il soit en hausse constante.

J’en veux pour preuve que le 31 mars 2016, Haïti avait, envers le Venezuela, une dette accumulée de 1,8 milliards de dollars. Mais, il y avait dans les coffres du Fonds PetroCaribe, la modique somme de 13,4 millions de dollars. Vous ne serez pas étonné si je vous annonce que ce pactole était insuffisant pour faire des versements sur la dette.

Pour cause, de juillet 2015 à janvier 2016, Haïti était incapable de faire un seul versement sur sa dette à long terme. Donc, Haïti s’est mis à acheter à crédit, d’un pays qui ne demandait pas mieux que de vendre à crédit. C’est ainsi que des dirigeants haïtiens, avec leurs tactiques mafieuses, ont fait du programme qui devait sortir les Haïtiennes et les Haïtiens de la pauvreté, celui qui pourrait les enfoncer dans l’extrême-pauvreté.

Dans un premier temps, le gouvernement de René Préval avait accumulé une dette à long terme de 295 millions de dollars. Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Hugo Chavez avait autorisé l’effacement de cette dette. Au-delà des malversations qui aurait pu être faites sous le régime de René Préval, Haïti s’était replacé à la case départ. Notez cependant qu’après ce séisme, René Préval est resté au pouvoir pendant 14 mois et qu’il a continué à accumuler des dettes et à dépenser sans compter.

Et puis, le 14 mai 2011, Haiti s’est fait imposé un leader incompétent, mal préparé, évaporé, grotesque et inconséquent qui ne se distingue que par sa vision étroite et de très courte portée. Michel Martelly, le Président illégitime d’Haïti, était avant tout l’architecte de la stratégie du Kité kompa maché, une méthode de gestion basée sur l’improvisation, le laisser-faire, la gestion sans plan, le vol à vue… Non, non, non. Ce n’est pas ce que j’ai dit. Pour moi, un vol à vue c’est comme piloter un avion sans trop savoir où on va. Mais bon ! Vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’veux pas d’troubles !

Anyway ! J’ai déjà trop parlé. Tant qu’à faire… Awoye donc ! Nou lan mal, nou lan mal nèt !!!

Le vol à vue, tant dans sa définition littéraire que littéral, a été confirmé par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. Dans son rapport pour l’exercice 2014-2015, l’instance qui est chargée du contrôle administratif et juridictionnel des recettes et des dépenses de l’État, avait rappelé que le Fonds PetroCaribe constituaient « un prêt bilatéral, obtenu à un taux préférentiel, et qui invite, ou plutôt devrait inviter, à la prudence quant à sa gestion ».

Si la Cour des comptes avait fait cette mise en garde c’est parce qu’elle avait constaté, qu’au cours de cette même année fiscale, le gouvernement de Michel Martelly avait, à deux reprises, puisé dans le Fonds PetroCaribe pour financer des projets non prévus dans le budget, pour s’acquitter d’obligations non-justifiées ou encore, pour dégager des crédits dont les affectations étaient imprécises. Si ce n’était que ça !

À la page 82 du rapport de 2014-2015, la Cour des comptes affirme que tout pouvait porter à croire que les Fonds PetroCaribe avaient été utilisés comme un petit budget dans le budget national pour exécuter les priorités du Président et de son gouvernement. La Cour des comptes, qui elle aussi ne veut pas de trouble, n’a pas osé dire le Fonds PetroCaribe avait été utilisé comme s’il s’agissait de la caisse privée du Président. La Cour des comptes n’a pas voulu dire que Michel Martelly faisait ce qu’il voulait dans ce pays. Voilà le problème de ce pays !

Quand on regarde la liste des projets répertoriés par la Cour des comptes, on constate que plus de 90% des fonds a été dépensé dans des projets d’infrastructures. À moins que j’aie la berlue, Il me semble que je vous ai dit, redit et répété que le Fonds PetroCaribe est, par obligation contractuelle, un fonds de développement… de développement d’une industrie agroalimentaire. C’est bien ce que vous aviez compris ? D’accord. Je voulais juste m’en assurer.

Maintenant, attachez-vous. Ça va fesser dans le dash !

Pendant que Michel Martelly dépensait à qui mieux-mieux dans de l’asphalte, du béton, de la brique et du mortier, les dirigeants de la Jamaïque, du Belize et de la Guyane qui avaient compris que le Fonds PetroCaribe est un prêt pour le développement qui doit être remboursé, ont réussi à tirer le maximum de profit du PetroCaribe Cooperation Agreement sans mettre leur pays dans le trou.

Pendant que Michel Martelly installait des lampadaires… En Jamaïque, le Président Bruce Golding, qui avait surement réussi son cours de Gestion des risques, déclarait que les réserves générées par PetroCaribe représentaient un prêt consenti par le Venezuela et que ces sommes faisaient partie de la dette nationale. Il avait demandé que l’argent soit placé pour générer des revenus d’intérêts. C’est à partir des intérêts qu’ont été financés les projets retenus dans le cadre du National Development Plan of Jamaica.

Pendant que Michel Martelly dépensait 15 449 903$ pour construire le viaduc Delmas/Nazon… Au Belize, le gouvernement, à partir de ses réserves PetroCaribe, avait injecté 9,95 millions de dollars dans la création d’une banque populaire. Le National Bank of Belize, a permis de financer des micro-projets dans le domaine agroalimentaire avec pour objectif d’augmenter l’offre de produits locaux afin de réduire la pauvreté. Comme par hasard, les exportations de produits agroalimentaires sont passées de 322,23 millions de dollars en 2010 à 513,65 millions de dollars en 2013.

Pendant que Michel Martelly dépensait 8,2 millions pour son programme d’infrastructures sportives… En Guyane, avec leurs réserves PetroCaribe, le gouvernement a acheté du Venezuela, plus de 20,000 tonnes d’urée. Ce fertilisant à base de pétrole, a été distribué aux riziculteurs. Cette stratégie a permis d’augmenter la quantité de riz disponible sur le marché national au point où la Guyane est devenue un pays exportateur de riz. Et c’est là que ça va vous faire le plus mal.

Chaque année, la Guyane repaye une partie de sa dette au Venezuela, en lui versant 210 000 tonnes de riz. En créole le principe derrière cette stratégie qui respecte au pied de la lettre tous les objectifs du PetroCaribe Cooperation Agreement, s’appelle ; « Se grès kochon’an ki kwit kochon’an ».

Pendant ce temps en Haïti… Laurent Lamothe, qui était Premier ministre sous le régime de Michel Martelly, faisait la vanesse. Confiant de son bilan, il se gargarisait à raconter son exploit qui se résume à la construction de 25 stades. Il était convaincu, le pauvre, que jouer au football réduirait la pauvreté et la faim. Personne n’avait jugé bon de lui rentrer dans le sinoquet que faire du sport creuse l’appétit.

Pendant ce temps en Haïti… L’argent du Fonds PetroCaribe a été gaspillé dans la réalisation de projets électoralistes, cosmétiques et insignifiants. Ça, c’est sans compter que le clan de Michel Martelly avait pris soins de mettre ces sommes à la portée des fraudeurs, des corrompus et des poches profondes des « Petits-amis » de son régime… ces affameurs sans scrupule.

Imaginez si Haïti avait adopté la même stratégie que la Jamaïque. Les pillards et les vauriens, les siphonneux et les malandrins auraient pu s’en mettre plein la calebasse à partir des intérêts ou d’autres Retours sur investissements (ROI) sans toucher au capital, sans endetter la prochaine génération de citoyennes et de citoyens du pays le plus pauvre de l’hémisphère Nord.

Imaginer l’impact de la stratégie adoptée par le Belize sur un pays dont le taux de chômage dépasse 60%. Imaginez ce que ça aurait changé dans la vie de ses 2,5 millions de personnes qui continuent à vivre sous le seuil de la pauvreté et qui s’apprêtent demain, à faire connaissance avec l’extrême-pauvreté.

Imaginez l’impact de la stratégie adoptée par la Guyane sur un pays dont 51,8% de la population ne mange pas à sa faim, un pays où le riz représente 30% du panier de provision des familles.

Quand tout allait mal au Venezuela quand les pétrolières américaines avaient fini par remporter leur bataille, après que le Président Nicolas Maduro ait fait une généreuse contribution à la mise en faillite de son pays, il avait proposé au gouvernement de Michel Martelly de rembourser une partie de sa dette, avec des denrées alimentaires.

Cette demande n’était ni farfelue, encore moins improvisée. Si cette demande a été faite par Nicolas Maduro, c’est parce que logiquement, à ce stade-là de la mise en place de l’accord, Haïti devait être un acteur sur le marché de l’exportation agroalimentaire.

Pendant que vous continuez à faire rouler votre imagination, sachez que le 7 septembre 2018, en pâmoison, le Président Jovenel Moïse, l’héritier idéologique, le fils spirituel fabriqué de toutes pièces par Michel Martelly pour garantir son impunité, a fièrement annoncé qu’il avait autorisé le BMPAD, l’agence qui gère les Fonds PetroCaribe, à importer 12 mille tonnes de riz vietnamien.

C’est maintenant que vous devriez exprimer les frustrations et les déceptions que vous aviez mises en réserve dans le premier tantôt de tantôt. Si ça ne vous décourage pas, si ça ne vous met pas en colère, si ça ne vous indigne pas… j’aurais perdu mon temps à vous raconter tout ça pour absolument rien.

Malheureusement, entre votre imagination et la réalité, il y a un monde, un monde de corrompus, d’avares, de ti-vicieux, de mazettes, de sans-gênes, de grangous et d’aloufas. Entre votre imagination et la réalité, il y a un pays où l’impunité est reine, où des voyous et des andouilles confirment leur immunité par leur arrogance et en insultant tous ceux qui osent se permettre de questionner leurs bilans.

Dans votre réalité, il y a Michel Martelly, le condescendant, l’insolent, l’irrévérencieux Bandit légal, celui qui se croit tout permis, celui qui dit qu’il n’a de comptes à rendre à personne, celui qui devient plus sauvage quand on lui demande de faire le décompte, celui qui tente de vous faire peur pour tenter de vous faire taire.

La peur vient de changer de camp pour celui qui prétendait n’avoir peur de rien. Michel Martelly ne peut plus se taire. C’est maintenant à lui d’expliquer comment il s’y est pris pour pousser Haïti dans une crise plus profonde que celle dont devait le sortir le PetroCaribe Cooperation Agreement.




BÔ KAY NOU


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